Allocution de M. Strauss-Kahn, Directeur général du FMI
Dans ce monde incertain d’après la crise, une tâche formidable s’impose à nous : il nous faut trouver les moyens d’alimenter une croissance vigoureuse qui profite à tous et crée des emplois stables. C’est un objectif primordial. Tout le reste est secondaire. C’est pourquoi le FMI va s’associer à l’Organisation Internationale du Travail et au gouvernement norvégien pour réunir bientôt à Oslo des hauts dirigeants de gouvernements, du monde syndical et du secteur privé ainsi que d’éminents universitaires pour réfléchir précisément à cette question.
Aujourd'hui, le marché du travail est sinistré. La Grande récession a laissé dans son sillage un chômage ravageur qui met en péril les moyens d’existence, la sécurité et la dignité de millions de personnes dans le monde entier. Nos collègues de l’OIT estiment que 34 millions de personnes ont perdu leur emploi à cause de la crise.
La vraie tragédie du chômage, c’est son coût humain. Il entraîne une perte de revenu qui est à la fois considérable et prolongée. C'est vrai surtout du chômage des jeunes, qui s'est particulièrement aggravé pendant la crise. On assiste aussi à une énorme recrudescence du chômage de longue durée. Dans ces conditions, nous risquons bel et bien de nous retrouver avec une génération perdue, coupée du monde du travail, qui perd peu à peu ses qualifications et sa motivation.
Et ce n'est pas tout. Quand vous perdez votre emploi, vous risquez davantage d'avoir des problèmes de santé et même de vivre moins longtemps. Quand vous perdez votre emploi, les résultats scolaires de vos enfants ont plus tendance à se dégrader, et le coût du chômage se répercute ainsi sur la génération suivante. Quand vous perdez votre emploi, vous êtes moins enclin à avoir confiance dans les institutions publiques et la démocratie.
Si l'on considère les pays à faible revenu, la situation est encore bien plus alarmante. En l’absence d’une protection sociale adéquate, les souffrances humaines pourraient atteindre des proportions gigantesques; ce pourrait même être une question de vie ou de mort. Tout cela pourrait conduire à l’instabilité, à l’effondrement de la démocratie, voire à la guerre.
Ces sombres réalités forment la toile de fond de cette conférence. Tels sont les défis que nous affronterons à Oslo. La communauté internationale doit se montrer à la hauteur de la tâche. Le moment est venu d’une action collective.






